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Y a-t-il des modifications visibles du climat ?


    Ayant ainsi constaté que, depuis deux siècles, la composition de l’atmosphère avait été modifiée considérablement par les activités humaines, on peut se demander si ces modifications ont produit des changements climatiques appréciables. Le paramètre le plus adapté pour répondre à cette question est la température. Cela ne veut pas dire qu’il soit toujours facilement et précisément accessible dans le passé. Avant le XVIIIe siècle, faute de mesures, on ne peut qu’en reconstituer les valeurs par l’interprétation d’indicateurs divers, généralement géochimiques, qui laissent de grandes marges d’incertitude. Ensuite, lorsque apparaissent les premières mesures faites avec des thermomètres, elles sont d’abord rares et restreintes à l’Europe occidentale. Elles sont évidemment plus précises que les reconstitutions antérieures mais demandent cependant de grandes précautions pour être interprétées et généralisées. Il faut attendre la deuxième partie du XIXe siècle pour que les mesures de température, ainsi que d’autres paramètres climatiques, comme pression et précipitation, soient réellement fiables et plus largement répandues. Enfin ce n’est que depuis la fin des années 1960 que l’on a une véritable couverture mondiale, de plus en plus serrée, de ces mesures grâce aux capteurs des satellites artificiels ( …)

    En prenant comme référence la moyenne des températures globales de 1961 à 1990, on constate que, entre 1861 et 1910, les températures étaient de 0,3°C à 0,4°C inférieures à cette référence (figure 77). A partir de ce moment, on note une nette croissance, d’environ 0,4°C jusque vers 1945, année un peu plus chaude que notre référence. Une lente et faible décroissance s’observe ensuite pendant une vingtaine d’années, jusqu’en 1975. Depuis lors, les températures n’ont cessé de monter, dépassant de 0,3°C, en 2000, la valeur prise comme référence. Le réchauffement global au niveau du sol depuis les années 1860 jusqu’aux années 2000 peut ainsi être évalué à quelque 0,6°C ou un peu davantage (…)

    En définitive, on aboutit aujourd’hui aux conclusions suivantes : depuis les années 1860, la température moyenne de la basse atmosphère s’est élevée d’environ 0,6°C jusqu’à atteindre des valeurs jamais atteintes depuis 1000 ans ou bien davantage. Dans le même temps, la concentration de l’atmosphère en gaz carbonique et autres gaz à effet de serre a crû jusqu’à des niveaux largement supérieurs à ce que les mesures ou les évaluations nous disent des quelques centaines de millénaires passés. Or l’effet physique de l’augmentation de ces gaz à effet de serre doit logiquement conduire, en moyenne, à un réchauffement des basses couches de l’atmosphère. On en déduit donc, généralement, que cette augmentation de concentration est la cause de l’augmentation de température constatée. Les doutes qui peuvent persister sur cette relation de cause à effet sont dus à notre mauvaise connaissance des détails du contrôle des variations climatiques, ce que nous nommons variabilité climatique. Mais il faut bien dire que si ces doutes étaient souvent mis en avant il y a une dizaine d’années, depuis lors, l’augmentation presque constante de la température moyenne de la surface du globe au cours de la dernière décennie est de nature à les dissiper et à faire converger les opinions des spécialistes vers l’idée que l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, par l’usage des combustibles fossiles et le développement de certaines pratiques agricoles, est la cause de cette augmentation de température.